Sur les pas de Jean-Jacques Rousseau

Ici sont publiées

  1. des informations relatives aux travaux de nos adhérents et de nos invités
  2. et les contributions qu’ils voudront bien nous proposer en relation avec les thèmes de réflexion chers à Jean-Jacques Rousseau.

Toute demande de publication doit être adressée au gestionnaire du site via le contact : aram95160@gmail.com

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Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778)

Brève approche de l’homme et de l’œuvre

Jean-François RIAUX Professeur de Philosophie en classe préparatoire aux grandes écoles, adhérent à notre Association « Rousseau à Montmorency », nous propose ici une entrée richement nourrie mais à ambition « tout public », afin que chacun puisse assez rapidement se remémorer ce que furent, dans son siècle, la vie et l’œuvre de cet immense penseur.

I.–  Le contexte politique, économique et intellectuel p. 1
II.- ROUSSEAU : éléments biographiques et bibliographiques p. 3

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« L’origine des inégalités, de Jean-Jacques Rousseau à Thomas Piketty » de Pierre SASSIER le 14 octobre 2019

Alors que le “Prix Nobel“ d’économie 2019 vient d’être attribué à Esther DUFLO, à son mari Abhijit BANERJEE et à leur collègue Michael KREMER pour leurs travaux d’économie appliquée visant à alléger la pauvreté dans le monde, nous sommes heureux d’accueillir ici cet article de Pierre SASSIER, administrateur de l’Association « Rousseau à Montmorency », qui étend le champ habituel des études rousseauistes en confrontant les idées du grand philosophe du 18ème siècle et de l’économiste contemporain bien connu pour ses recherches sur les inégalités.

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Phares et paupières : recueil de nouvelles

Sandrine SMAÏNE enseignante en littérature, adhérente à notre Association « Rousseau à Montmorency », nous propose ici un recueil de trois nouvelles liées par un fil conducteur : le symbole du phare.

Pour commander ou télécharger « Phares et paupières », cliquez ICI .

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Quel destin pour l’esprit des Lumières

Jean-François RIAUXProfesseur de Philosophie en classe préparatoire aux grandes écoles, adhérent à notre Association « Rousseau à Montmorency », nous propose ici une réflexion d’une belle profondeur et d’une grande actualité.

I. L’héritage des Lumières p. 1
II. Un héritage controversé p. 6

  • 1er point à examiner (proprement historiographique) p. 6
  • 2ème point à prendre en compte : la question du progrès. p. 7
  • 3ème point à considérer : l’esprit des Lumières mis à mal par le romantisme et par delà. p. 8
  • 4ème point à considérer : la question de l’universalisme p. 11

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Aperçu concernant l’emploi de l’expression « SALUT PUBLIC »

pendant la période révolutionnaire et quelques considérations sur ses antécédents

Jean-François RIAUX étudie ici l’emploi de l’expression « SALUT PUBLIC » avant et pendant la Révolution française et  fait justice des accusations portées parfois contre Jean-Jacques Rousseau présenté comme le grand prêtre d’un salut public opposé aux droits de l’homme.

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Architecture et économie octobre 2019

un modèle d’économie sociale et solidaire en vallée de Montmorency

Paris, mai 2018, éditions Eyrolles, 155 pages.

L’auteur Grégoire Bignier, architecte et professeur à l’École nationale d’architecture ENSA Paris-Val de Seine, habite Montmorency et est adhérent à notre Association « Rousseau à Montmorency ».

Son essai  sous titré « Ce que l’économie circulaire fait à l’architecture » s’attache essentiellement à définir le concept d’ »économie circulaire » et son impact sur l’architecture et l’urbanisme. L’économie circulaire est présenté comme une réponse à « l’économie linéaire » de l’ère industrielle, celle qui structure actuellement notre environnement urbain. La mise en place de cette économie « post-industrielle » permet de faire l’économie d’infrastructures coûteuses, créatrices de « dette écologique », de désertification de pans entiers du territoire et de dérèglement du climat.

Le dernier chapitre du livre décrit l’économie circulaire comme une économie sociale et solidaire en s’appuyant largement sur un exemple cher à tous les habitants de Montmorency, celui de la vallée de Montmorency.

Pour lire la fiche de lecture établie par  notre ami Pierre SASSIER, adhérent à notre Association, cliquez : ICI

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SAMEDI 20 AVRIL 20h30 et DIMANCHE 21 AVRIL 16h30

à l’Orange Bleue – 7 rue Jean Mermoz – Eaubonne

Réservation au 06 51 38 48 73

Nous vous recommandons le spectacle du GTA – GROUPE THÉÂTRE AMITIÉ animé par Mme Isabelle CASSIN et par notre ami M. Philippe TOUCHET, Professeur de Philosophie en Premières Supérieures au Lycée Gustave Monod d’Enghien-les-Bains.
Le GTA est une troupe de théâtre amateur qui existe sur Eaubonne depuis 1979. Elle accueille tout citoyen désirant s’investir dans la création d’œuvres théâtrales connues ou non.

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Sur les chemins de Jean-Jacques

Trois extraits du livre de Gabrielle de Conti

VISIONNAIRE

En traversant le parc Montsouris ce matin, je vais de surprise en surprise. Un  immense chêne est planté en son milieu. Je ne l’avais jamais remarqué. En marchant de Denfert à Gentilly, Rousseau l’aurait-il vu naître ? Cet arbre avait le pouvoir de lui redonner vie.

Nous ne sommes qu’à la mi-janvier et les crocus, les jonquilles et même les pervenches (il les adorait) sont écloses ! Qu’est-ce qui cloche aujourd’hui ?

Avant Rousseau et après lui, les sages ont toujours prêché le respect des lois de la nature :

Héraclite : la sagesse consiste à dire des choses vraies et à agir selon la nature en écoutant sa voix.

Marc-Aurèle : va toujours par le plus court chemin, celui tracé par la nature.

Saint Thomas : les lois contraires aux lois de la nature sont des corruptions de la loi.

Léonard de Vinci : va prendre des leçons dans la nature.

Victor Hugo : c’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas.

Jean-Jacques : c’est dans le cœur de l’homme qu’est la vie du spectacle de la nature. Pour le voir, il faut le sentir.

Rousseau serait éperdument malheureux de constater que notre société a perdu le sens du sacré pour prôner celui d’un progrès qui saccage la nature. Notre planète est irréversiblement endommagée. Malgré les recommandations des sages, l’avancée des sciences a triomphé du bon sens. Rousseau le prévoyait dans ses deux discours. Et dans l’Émile, il oppose carrément la conscience à la science. Freud, qui a lu  Rousseau, lui donne entièrement raison au XXème siècle. Dans le malaise dans la civilisation, il constate que les progrès techniques et les sciences n’ont pas rendu l’homme plus heureux.

Des milliards d’automobiles fonctionnant aux hydrocarbures transitent en tout sens. Cette pollution produite par les moteurs s’est tellement amplifiée qu’elle produit des ravages irréversibles sur la faune et la flore en réchauffant le climat. Mais pire : la santé des citadins en est affectée. Les infimes particules d’hydrocarbures s’infiltrent par les voix respiratoires jusque dans le sang et y provoquent les mêmes embouteillages que sur nos routes. Les personnes les plus fragiles peuvent être touchées jusqu’à la paralysie totale, voire la mort, par accident vasculaire. La pollution de l’air est reconnue désormais comme première cause de mortalité mondiale.

Rousseau avait prévenu aussi des dégâts humains que produirait l’industrialisation. Ils sont avérés dans divers domaines : « A force de rassembler des machines autour de nous, nous n’en trouvons plus en nous mêmes ». En transférant notre science à des robots, nous sommes entrés dans une phase de déshumanisation et de nombreux savoir-faire se sont perdus. Une seule machine aujourd’hui peut remplacer des centaines de travailleurs. Cela induit que des millions d’individus finissent désœuvrés. « Quand l’agriculture était en honneur, il n’y avait ni misère ni oisiveté et il y avait moins de vices« .

Il y eut pourtant quelques résistances. En 1811 à Nottingham, des ouvriers désespérés d’être remplacés par des machines saccagèrent soixante métiers à tisser. Le mouvment s’étendit en Angleterre mais la répression du Gouvernement fut telle que la résistance s’épuisa peu à peu. Le progrès matériel soutenu par l’état eut raison de leur juste lutte.

Autre remarque pertinente de Jean-Jacques : « Si vous songez aux monstrueux mélanges des aliments, à leurs pernicieux assaisonnements, aux denrées corrompues, aus drogues falsifiées… Si vous faites attention aux maladies épidémiques engendrées par le mauvais air parmi les multitudes d’hommes rassemblés… Vous sentirez combien la nature nous fait payer cher le mépris que nous avons de ses leçons ».

La chimie agricole agit aussi de manière destructrice. Les traitements par pesticides ont déclenché des affections gravissimes, notamment chez les agriculteurs et les cnsommateurs. Avec la disparition progressive des abeilles, assommées par ces traitements, c’est la production de miel qui est en train de disparaître et surtout la pollinisation que ces ingénieuses ouvrières permettaient.

Les bons médecins conseillent désormais de manger essentiellement des fruits et légumes non traités, mais les traitements, eux, ne sont pas tous interdits par les gouvernements. En signant des pétitions, nous parvenons à obtenir de minces résultats pour la préservation des abeilles. Sans la pollinisation de ces infatigables travailleuses, nous n’aurions plus de fruits.

RECONNAISSANCE

Cher Jean-Jacques

Pardonne-moi ce tutoiement affectif. Tu n’imagines pas l’influence que ton œuvre a eue sur le monde entier. Sache que ton étoile brille encore et que celle de tes persécuteurs s’est éteinte peu à peu. Tu l’avais pressenti : « Tous ont enfin compris que j’avais mieux connu qu’eux ce siècle savant et philosophe »(1).

Un philosophe allemand très apprécié aujourd’hui et que tu aurais pu connaître – Emmanuel Kant – annula exceptionnellement sa promenade quotidienne pour se procurer ton Émile. Lorsqu’il écrivit son incontournable critique de la raison pure, il avait la profession de foi du vicaire savoyard sous les yeux.

Ô sage et censé père, longtemps je me suis cherchée, longtemps j’ai cherché un maître et c’est toi que j’ai trouvé. Tu me révèles que ma pensée correspond en tout point à la tienne. Dans le monde violent qui nous entoure, tu m’apportes un peu de paix. Ah ! le pouvoir de l’esprit ! Comme tu es vivant ! Parfois tu m’apparais, vêtu de ce manteau évasé que tu portais sur le tableau de Maurice Leloir peint à Montmorency. Alors que j’écris sur mon bureau, ton visage bienveillant veille sur moi  : celui du portrait peint par Quentin de la Tour, que tu trouvais le plus ressemblant, avec sur sa vitre le reflet du Panthéon où tu reposes.

Tu m’as appris que la réflexion donne la richesse intérieure. Grâce à toi, je ne suis plus seule. Un nuage noir pèse au-dessus de ma tête ? Je reprends l’une de tes œuvres et un ange de bienveillance me pénètre. Personne n’a ouvert son cœur comme tu l’as fait, cher Jean-Jacques, et touché le mien avec tant de douceur. Tes réflexions ont répondu à nombre de mes interrogations. Tu m’as confortée dans mes idées, dans mes pensées. Je te remercie de m’avoir guidée.

(1) citation du préambule du manuscript de Neuchâtel

RENOUVEAU

Ne viendront pas voir ton tombeau : ceux qui te critiquent sans t’avoir jamais lu ; les absents ont toujours tort, n’est-ce pas ? Si sacrifice il y eut de tes propres enfants, ta culpabilité te permit d’œuvrer pour la postérité. Tout l’amour que tu n’as pu leur donner, on le retrouve dans ton œuvre et aussi dans la neuvième  promenade de tes rêveries. « Je vois un petit enfant de cinq ou six ans qui serrait mes genoux de toute sa force en me regardant d’un air si familier et si caressant que mes entrailles s’émurent et je me disais : « c’est ainsi que j’aurais été traité des miens ». Je pris l’enfant dans mes bras, je le baisais plusieurs fois dans une espèce de transport et puis je continuai mon chemin. Je sentais en marchant qu’il me manquait quelque chose, un besoin naissant me ramenait sur mes pas… Je cours à l’enfant, je l’embrasse de nouveau et je lui donne de quoi acheter des petits pains de Nanterre.

Que celui qui a lu ton œuvre te jette maintenant la première pierre. Que celui qui a osé une confession à la hauteur de la tienne fasse de même. Toi, père des nations, tu as fait amende honorable puisque l’héritage de ton labeur revient aujourd’hui à tous les enfants de la terre. A toi le mot de la fin : « la vraie noblesse, qui aime la gloire et qui sait que je m’y connais, m’honore et se tait« 

Extraits du livre de Gabrielle de Conti
« Sur les chemins de Jean-Jacques »
Editions Unicité, 2019

Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Quatre questions à Gabrielle de Conti

à propos de son livre « sur les chemins de Jean-Jacques »

Vous dites avoir refusé pendant longtemps de lire Jean-Jacques Rousseau en raison de l’abandon de ses enfants. Aujourd’hui  vous vous êtes engagée « sur les chemins de Jean-Jacques » comme d’autres sur ceux de Compostelle. Qu’est-ce qui vous a fait passer de ce qui ressemble à un jugement moral vis-à-vis de l’homme à cette forme de pèlerinage ?

On retient surtout de Jean-Jacques Rousseau l’abandon de ses enfants. Ce seul motif a fait beaucoup d’ombre à son œuvre. Je n’ai donc commencé à le lire qu’à l’âge de 50 ans, en étudiant à l’Université. Dès la lecture de ses Confessions, je suis entrée en totale empathie avec lui. Il explique les raisons pour lesquelles il confia sa progéniture à l’Hospice des Enfants Trouvés. D’une part l’impossibilité financière de les élever mais aussi l’influence de Platon qui préconisait dans sa République de confier les enfants à des nourrices puis à des maîtres en vue de leur éducation. Il m’est apparu alors que si Rousseau avait dû élever lui-même les siens, nous n’aurions pas l’œuvre immense qu’il a laissée et qui fait de nous tous ses héritiers. Ainsi libéré des contraintes, il a pu réfléchir à ce que doit être l’éducation des enfants et aussi à la manière de gouverner un pays. De livre en livre, je suis partie sur les chemins de Rousseau pour saisir la mise en scène que la nature et l’environnement avaient pu apporter à son génie. Il est facile de suivre sa trace puisqu’il se raconte beaucoup. Je me suis sentie guidée par une force soudaine, comme si son âme m’avait choisie pour mettre mes pas sur les siens vers un but mystérieux. Je me suis prêtée au jeu, et bien m’en a pris puisqu’il m’a emmenée au cœur de mon histoire.

Quels points communs vous trouvez-vous avec Jean-Jacques Rousseau qui vous amène à dire : « Rousseau était déjà mon père spirituel. En me ramenant sur mon chemin, il est devenu le révélateur de ma conscience » ?

Au fil des lectures, je me suis découvert des échos de ressemblance troublante avec Rousseau. Nos points communs : les lieux, l’hypersensibilité, la polyvalence, l’autodidactie, le goût de l’aventure, l’amour de la nature, la recherche de la vérité et de l’amitié sincère, le besoin d’expression et la quête de la justice. Nous sommes tous deux orphelins d’un parent, et de fait une sorte de honte nous habite. J’ai réalisé dans Emile ou de l’Education que le père n’est pas seulement celui qui vous nourrit mais celui qui vous éduque. Ayant été abandonnée par mon père avant ma naissance, j’ai trouvé en Rousseau un père de substitution, un guide spirituel qui m’a conduite à faire mes deuils. Il est des devoirs dans la vie auxquels il ne faut pas se soustraire. Son travail d’introspection a agi comme un miroir sur ma propre conscience. J’y ai retrouvé tout ce qu’il avait découvert en lui-même, et compris l’intérêt qu’il y avait à se tourner vers la raison et la vertu.

Votre livre témoigne d’une véritable érudition sur Jean-Jacques, mais aussi sur d’autres écrivains et philosophes contemporains ou non. Comment avez-vous acquis cette connaissance profonde de l’œuvre et du philosophe  que vous manifestez dans votre livre ?

La lecture de l’œuvre de Rousseau à elle seule m’a instruite car il a synthétisé le savoir des philosophes précédents. De Platon à Hobbes, Grotius et Locke, il a bâti son projet de gouvernement républicain. L’Université de la Sorbonne, que je fréquente encore comme auditrice libre, m’apporte énormément. Le contrat social y est régulièrement enseigné ainsi que le Discours sur les origines de l’inégalité et L’essai sur l’origine des langues.

Dans le dernier paragraphe de votre livre, vous écrivez : « Lorsqu’il [Emmanuel Kant] écrivit son incontournable critique de la raison pure, il avait la profession de foi du vicaire savoyard sous les yeux ». En quoi pensez-vous que ce passage de l’Emile ait pu influencer la pensée du philosophe allemand ?

Rousseau luttait contre les dogmes religieux mais cependant, dans La profession de foi du vicaire savoyard, le Vicaire précise qu’il ne faut pas oublier la religion car elle nous enseigne nos devoirs, je le cite : « Il n’est point de religion qui dispense des devoirs de la morale ». Religion vient de religare, relier, rassembler. Le Vicaire en réfère à « la pure et simple religion de l’Evangile : le droit divin naturel ». Cette loi morale ne nous vient pas « d’en haut », elle se trouve au-dedans de nous, c’est notre conscience : « Il est donc au fond de nos âmes un principe inné de justice et de vertu sur lequel nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises, et c’est à ce principe que je donne le nom de conscience… Conscience instinct divin…etc. » Kant confirme que le sens de la morale et du bien sont innés au fond de notre conscience ; cependant il est allé plus loin que Rousseau à partir de cette Profession de foi. Il ajoute que notre liberté ne peut être durable que par le droit et les lois. Pour lui, le « je veux » est à bannir, c’est le « il faut » qui compte. L’intérêt général de Rousseau devient l’impératif catégorique de la loi morale chez Kant. On voit bien ici l’influence que Rousseau a eue sur Kant.

Propos recueillis par Pierre Sassier