Rousseau aujourd’hui

L’Association  » Rousseau à Montmorency » entend honorer l’œuvre du philosophe comme une œuvre emblématique d’un esprit toujours vivant , celui de l’esprit des Lumières ; nous ne cédons pas à la naïveté, nous savons  que cet esprit peut s’essouffler, voire s’éteindre, en raison des mauvais germes en mesure de l’infester : repli sur soi, confort de l’entre-soi, désengagement politique, inégalités désespérément criantes, autant de funestes constats qui nourrissent un abattement propre à amoindrir la puissance combative inscrite dans l’héritage des Lumières et, plus particulièrement, dans la pensée de Jean Jacques Rousseau. C’est pourquoi l’Association  « Rousseau à Montmorency » invite ses adhérents ou ses sympathisants à prendre la plume pour montrer à quel point tel ou tel aspect de notre actualité peut être apprécié à l’aune des outils d’analyse qu’offrent les écrits de notre auteur. Qu’il s’agisse des défis écologiques à relever, de la puissance tentaculaire d’une économie oublieuse d’un ordre social et politique désirable, d’une souveraineté dont les peuples se sentent dépossédés, etc., autant de sujets qui ont leur écho dans les pages de l’ermite de Montmorency. Nous serions heureux de publier les quelques lignes que le plus célèbre citoyen de Genève qui a tant aimé son refuge montmorencéen  pourrait vous inspirer.  

Jean- François RIAUX

 

Émile ou de l’éducation – Livre deuxième

Un enfant ne s’élève pas par la raison ; il lui faudra atteindre ses douze ans, pas avant, pour que ce petit être  doux dans son berceau  puisse discerner le bien du mal. Agir autrement, pour son bien, son éducation de qualité, c’est se morfondre dans l’erreur absolue.  Par principe naturel, il désire donc il veut. Il désire souvent donc il veut tout le temps. Un tyran naît. Pourtant,  la notion de besoin prévaut sur celle du plaisir de posséder. « Babiller », négocier,  fléchir par soumission à ses caprices  conduisent les parents à engendrer un enfant aux mille défauts : coléreux, rebelle, dominateur donc malheureux.

Avant tout,  il convient de lui parler une langue qu’il comprend. Puis, exiger l’obéissance, obtenir par les menaces jusqu’à la punition, tromper l’enfant par de vaines promesses  feront de ce petit ange, un malin, un cachotier, un menteur de la famille des « affreux jojos ».  Alors, par quel versant aborder cet enfant devenu roi ? Point de commandement mais chacun des acteurs, sur la scène familiale, doit savoir à qui, de la progéniture ou de ses parents, revient, par nature, l’autorité. Pas question de défendre non plus : accorder  rapidement et sans palabres ce qui  paraît être justifié ; refuser une fois pour toutes, sans louvoiement ce qui est inconcevable.  Cet amour d’enfant apprendra vite  à devenir un être « patient, égal, résigné, paisible ». En revanche, le seul instrument à lui offrir et lui faire jouer à l’envi, c‘est la pratique de la liberté, pas celle du laxisme, par l’expérience et non par d’interminables leçons de morale jusqu’à l’abaisser à exiger le pardon de l’autre, victime de son caractère trop trempé.

Par quel autre versant appréhender l’enfant aujourd’hui ? Les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, pourquoi cette méthode  ne  serait-elle pas à nouveau la réponse idoine pour une éducation réussie, celle qui ferait d’un enfant vulnérable, un adulte équilibré et heureux (« un bon citoyen » comme en rêvait Rousseau) ? George Sand née Aurore Dupin a bien élevé ses enfants selon ses principes. De la douceur dans la fermeté, de la détermination sans compromis, le tout au cœur d’un vaste jardin de Liberté pour ce petit  imitateur qui ne demande qu’à se construire dans les plis de ses parents. « De la mesure en toute chose », simplement.

Régine Belley
Auteure de « Ô Zanetto – Lettre à Jean-Jacques Rousseau »

 

Jean-Jacques Rousseau nous met en garde : attention aux discours démagogiques

Dans une lettre adressée à la comtesse d’Houdetot, amour platonique de Rousseau, il lui écrit ceci « L’art de raisonner n’est point la raison, souvent, il en est l’abus (…) quand à sa place nous mettons nos opinions, nos préjugés, loin de nous éclairer il nous aveugle ».

Comme cette mise en garde est à conserver en nous à l’heure des réseaux sociaux, des émissions de télévision racoleuses, même si elles prétendent informer, (ou de tout autre média), dans lesquels la volonté de séduire et de plaire utilise des paroles démagogiques pour faire de l’audience, au détriment de la réflexion constructive ! Méfions-nous de ces sophistes qui nous manipulent avec des discours faciles qui font appel à l’immédiateté, aux émotions, aux a priori plutôt qu’ au temps plus long et exigeant de la réflexion, oui, faisons appel à la raison, et à la tolérance. Comme Rousseau, ne cédons pas à la facilité des règles universelles ; le monde est beau parce qu’il est multiple et complexe. Faisons appel au bon sens, retrouvons en nous « ces vérités primitives » dont nous parle Rousseau qui nous invitent à penser par nous-mêmes sans influence néfaste, recentrons-nous sur l’essentiel, vivre dans l’esprit d’une humanité éclairée.

Céline d’Albré
Sources des citations de JJ Rousseau / ROUSSEAU Le chemin de la perfection vous est ouvert… Folio sagesses chez Gallimard